La Chine et la politique.

Vaste sujet. Le monde entier a une opinion sur la politique de ce pays. Le parcours de la flamme olympique montre a quel point c’est un sujet sensible. Les droits de l’homme sont bafoués, le guide du routard explique qu’il doit y avoir encore aujourd’hui plus de 3000 personnes exécutées par an. La presse ne peut s’exprimer qu’en reprenant les dépêches officielles pour les sujets sensibles. Les sites Internet sont filtrés ou censurés. La récente crise sur les produits laitiers en est un exemple. Mais qu’en est-il des chinois? Que pensent- ils de leur système politique? Mon échantillon n’est pas représentatif. Mais ce qui m’a le plus surpris est leur appréhension de leur propre politique. Ils savent que leur information est filtrée, mais globalement ils se sentent très libres. Un chinois nous expliquait en toute bonne foi la liberté de religion dont ils jouissent (voir plus loin la Chine et l’église).

Il y a une admiration de Mao. Son portrait est partout, dans les écoles, sur tous les billets de banque, mais aussi dans les mini-bus dans lesquels on s’entasse, le conducteur a une image de Mao comme dans d’autres pays on aurait une image de St Christophe.

Même auprès de jeunes chrétiens, beaucoup ont une admiration pour Mao. Il est considéré comme un des stratèges les plus brillants du XXème siècle et jouit d’une aura équivalente à celle de Napoléon en France.

Les jeunes générations n’ayant pas été confrontées au grand bond en avant, à la révolution culturelle ou à la place Tienanmen dont ils n’ont jamais entendu parler, ont l’impression que leur gouvernement, bien qu’imparfait (hausse des prix, baisse du pouvoir d’achat) est globalement très bien. Mao a permis l’unité de la Chine et la fin de l’ingérence des étrangers. L’ancienne Chine, avec tous ses retards, a été abolie en 1949. Aujourd’hui la Chine est redevenue l’empire du milieu auxquelles les chinois aspirent. L’intégration du Tibet dans la Chine est une question d’unité nationale. Il y a une grande fierté à être chinois et à l’école, on apprend aux enfants à être optimiste.

Ainsi les critiques qui peuvent venir de l’étranger sont mal perçues. Les fondements ne sont pas compris et les Chinois se sentent ainsi agressés dans leur fierté nationale, quand on s’oppose au passage de la flamme olympique par exemple.

En effet, la fierté nationale est un aspect primordial. Les chinois parlent peu de l’international, ils parlent plutôt de l’étranger. Contrairement aux pays européens dont je viens, ici il y a très peu d’immigration. Je n’ai pas vu de noirs ou d’arabes vivre ici, et les blancs qui vivent en Chine n’y sont professionnellement que pour quelques années au plus.

L’histoire de la Chine est marqué par une grande crainte de l’étranger qui ne respecte pas les traditions ancestrales de la Chine.

Ainsi le parti communiste, en place depuis le 1er Octobre 1949, exploite à fond la fibre nationale. Les exemples abondent. Il y a quelques jours les Chinois ont lancé leur troisième fusée habitée dans l’espace avec une première sortie humaine programmée.

La presse internationale était invitée, le président chinois et de nombreux dignitaires étaient à la station de contrôle. Discours et félicitations se sont succédés. Il était difficile d’imaginer une telle fierté. Mais cette fierté se retrouve dans les nouvelles de tous les jours. On ne parle pas des difficultés ou des problèmes de la société, mais seulement des solutions brillantes qui ont été trouvées par le peuple, les entreprises chinoises ou le gouvernement.

Toutes ces nouvelles positives éloignent la morosité que l’on trouve dans les nations européennes, où pour toute bonne initiative il y a une bonne critique, et où toute victoire de l’un est ressentie comme la défaite d’un autre.

Ici, par exemple, même le scandale du lait frelaté, dénoncé à l’étranger, est présenté comme une crise gérée avec rigueur et professionnalisme.

Ici tous participent à la fierté d’être chinois.

Mais cette fierté est construite aussi contre l’étranger. Dès que celui-ci a quelque chose à dire, c’est perçu (ou présenté) comme une ingérence impérialiste. Ainsi les meilleures intentions qui peuvent venir de l’étranger sont déformées par la méfiance naturelle des Chinois.

Ainsi le point le plus frappant est de voir que l’ignorance historique et politique récente, couplée à une fierté nationale, est la source de beaucoup de sérénité et d’optimisme pour les chinois.

Cette sérénité leur permet de critiquer leur gouvernement dans des lieux publiques en parlant à voix haute et intelligible, car fondamentalement ils font confiance à leur gouvernement qui les protège de l’ingérence impérialiste étrangère, et fait de la Chine la grande nation qu’elle mérite d’être.

One Response

  1. Passionnant, merci! C’est toujours intriguant le fait qu’en ne sachant pas ce qu’on ne sait pas on présume toujours avoir une idée assez juste de la réalité…
    Il est d’ailleurs intéressant de constater que l’explosion de la communication dans les pays démocratiques s’est souvent accompagné d’un effondrement des valeurs et des certitudes. La Chine semble avoir pris un parti pour ce protéger de cela… Penses-tu Ian que les chinois soient, globalement, plus serein / heureux que nous autres?

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