Aux frontières de la Namibie…

Après une bonne journée de route où, petit à petit, les paysages se font plus désertiques, nous arrivons à Springbok. Nous sommes au nord-ouest de l’Afrique du Sud, non loin de la frontière namibienne. Nous avons déjà parcourus près de 2500 kilomètres. Heureusement, les enfants apprécient ces longs voyages. Cela leur donne du temps pour lire. Partout, sur les bords de la route, nous voyons ces nids extraordinaires: gros amas de chaume, ils abritent des colonies d’oiseaux, les “sociable weavers”. Après la beauté sauvage et tapageuse des côtes rocheuses et le bruit incessant de l’océan, nous sommes saisis par la beauté tranquille et presque solennelle de ces paysages désertiques et silencieux. Le lendemain, spectacle inouï et magnifique. A perte de vue, un paysage désertique: ni arbre, ni buisson, mais du sable rouge et des montagnes rocheuses et, surtout, des parterres de fleurs jaunes, oranges et violettes… Le désert est en fleurs! Dans cette région où il ne pleut vraiment qu’une fois tous les 7-8 ans, il a plu le mois dernier, d’où ces patchworks de fleurs aussi loin que les regards portent. Partout dans les petites villes où nous nous arrêtons, les gens nous demandent si nous avons vu les fleurs… Mais comment ne pas les voir, d’autant que l’on sent bien qu’elles ne sont qu’éphémères et que, dès que possible, le sable et les rochers reprendront leurs droits… L’été, les températures montent jusqu’à 50ºC.

Nous nous arrêtons à Pella, toute petite ville, mais qui possède une cathédrale! En fait, des missionnaires français sont venus à Pella et ont décidé de bâtir une cathédrale. N’ayant pas de connaissances particulières pour la construire, c’est grâce à une encyclopédie que l’un des Pères avait avec lui, que pendant 7 ans, deux missionnaires vont la bâtir. Le résultat est impressionnant. D’autant plus, que Pella est en fait une oasis et que la cathédrale est entourée de dattiers. Quand nous arrivons, une soeur nous fait visiter le petit musée racontant les débuts de la mission. La cloche de l’école, qui est située juste à côté du musée, sonne la récréation et dès lors, c’est un défilé de petites têtes noires qui s’encadrent dans l’embrasure de la porte et pouffent de rire en nous apercevant. Ici, comme nous allons nous en apercevoir, beaucoup de touristes viennent voir cette cathédrale, même si elle est vraiment au milieu de nulle part, mais il n’y a pas souvent de familles avec enfants. Nous avons tout notre temps et, après la visite, nous passons l’après-midi à jouer avec tous les enfants. Ici nous sommes en région afrikaan et peu parlent anglais, mais le lien s’établit très vite. Chacun de nos enfants a sa propre façon d’aller vers les autres, mais tous très vite se fondent avec les enfants. Nous sortons les jeux que nous avons emmenés avec nous: 2 cordes à sauter, un élastique et les “poïs” que nous avons fabriqués pendant notre semaine avec Louis. Ces “poïs” sont typiques d’ici: deux poches en cuir remplies de grains de riz et se prolongeant par une cordelette et une poignée pour y passer 2 doigts. Un poï dans chaque main, il s’agit de les faire tournoyer autour de soi et de faire des figures en croisant les bras, etc. Mais gare aux coups lorsque l’on rate… cela fait vraiment mal (chacun de nous peut en témoigner…).

Nous demandons à Soeur Leoni si nous pouvons aider en quoi que ce soit et sommes prêts à rester plusieurs jours. La soeur a beaucoup de projets qu’elle aimerait mettre en place, et notamment un atelier de couture et de broderie pour les femmes pour qu’elles puissent gagner un peu d’argent. Elle a réussi à obtenir des machines à coudre d’occasion, des chutes de tissu d’une usine et le gouvernement s’est dit prêt à lui procurer le tissu et à le racheter une fois brodé, mais il lui manque encore un peu d’argent pour pouvoir payer ces femmes dès le début. Elle ne sait pas trop en quoi nous pourrions aider pour le moment, ce sera pour une autre fois… En fin d’après-midi, nous allons rencontrer le prêtre qui a officié pendant des années ici et est maintenant à la retraite. Il est d’origine française, du sud-ouest de la France, et cela fait 50 ans qu’il est ici, à Pella. Il n’a pas souvent l’occasion de parler français et nous discutons avec lui de Pella, de la mission, de l’apartheid, de l’Afrique du Sud, de la France, de l’Europe, de l’Afrique en général, de la Chine, du rugby, etc. En 50 ans, le Père n’est rentré que 2 fois en France et il s’est rendu compte qu’il ne pourrait pas se ré-acclimater à la vie française. Après tant d’années passées dans ce petit village perdu au milieu du désert, où tout est tranquille et silencieux, il n’est pas difficile d’imaginer que le rythme frénétique que nous avons en France doit paraitre complètement fou et insensé… Du coup, il s’est fait naturaliser sud-africain il y a 21 ans. Si la vie est tranquille, elle ne doit pas être pour autant si facile. Cela ne fait qu’à peine plus d’une dizaine d’années qu’il y a l’électricité et l’eau courante. Dans le village, il n’y a qu’un tout petit magasin pour s’approvisionner. Ici, c’est le désert et même le bois doit être difficile à trouver. Beaucoup de familles de ce village sont très pauvres et les maisons en pierre côtoient les abris en tolle ondulée ou en palmes. Après avoir dit au revoir à tout le monde, nous nous dirigeons vers un campement que la soeur nous a indiqué, pour y passer la nuit. Nous empruntons une piste rocailleuse et regrettons encore une fois de ne pas avoir un 4×4. Après 7 kilomètres où nous sommes ballotés et où nous nous ensablons une fois, nous arrivons à la rivière Orange, frontière naturelle entre l’Afrique du Sud et la Namibie. Nous sommes toujours dans un paysage désertique et superbe, mais cette fois, il y a des arbres verts de chaque côté de la rivière. De l’autre côté, les montagnes de Namibie… Le campement, qui ressemble plutôt à une prison (protection nécessaire contre les bêtes sauvages), est plein. Nous repartons alors que le soleil se couche derrière les montagnes rocheuses. Les lumières sont superbes, mais la piste est toujours aussi détestable… Nous retrouvons la route principale alors qu’il fait déjà nuit, il nous faut encore trouver un logement. Les enfants, qui suivent les comptes de près et connaissent maintenant parfaitement le coût de chaque repas, chaque nuit et chaque dépense que nous faisons en Afrique du Sud, proposent que l’on fasse des économies en dormant dans la voiture et en se passant de dîner… Pendant cette année autour du monde, il y a de grandes chances pour que cela arrive (surtout avec notre style de ne pas forcément préparer chaque nuit d’avance, vous l’aurez compris…), mais ce ne sera pas pour ce soir. A Pofadder, nous trouvons un petit magasin encore ouvert et achetons quelques “steaks and kidney pies” et des bananes, et trouvons un logement. Le dîner est frugal, mais bienvenu, et le logement très agréable, bien qu’un peu cher à notre goût et les enfants nous rappellent à l’ordre… Amandine, qui a accumulé plein de petites pièces qu’elle a trouvées par terre depuis que nous sommes en Afrique du Sud, nous dit que si nous sommes pauvres, elle nous donnera toutes ses pièces… sauf si elle s’est achetée des bonbons avant bien sûr! Eclat de rire général. C’est sûr, avec une troupe de choc pareille, nous n’avons pas à nous inquiéter… Dans cette région oubliée de nos guides touristiques et pourtant superbe, les logements sont plus rares et donc chers… A nous de nous débrouiller.

One Response

  1. Bonjour Anne,
    C’est drôle, Klara aussi commençe à prendre conscience de la valeur de l’argent. (Nous comptons en “pains au chocolats” = 1€) et l’autre jour elle a proposé de m’aider financièrement, car elle en avait déjà 100!!!
    Oui Klara, mais 100 centimes….elle était presque déçu de ne pas pouvoir être assez “riche” pour m’aider, mais d’un autre coté bien contente de garder ses sous…
    Avec la rentrée j’ai bien négligé votre blog, je continue donc et j’essaye de rattraper le retard. Cela fait drôle de cliquer dessus et voir que ‘plouff’, mainetant vous êtes en CHINE!!!
    A bientôt
    Maren
    PS J’en profite de passer le Bonjour de la part de Corinne, qui n’a pas d’ordi pour suivre le blog et on ne trouve pas le temps afin qu’elle vienne içi pour le faire…

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