Une semaine hors du temps… 09-08-2008

Port St Johns, un écrin de verdure, des falaises rocheuses et l’Océan Indien et ses rouleaux d’écume blanche… L’arrivée sur Port St Johns est magnifique: la route serpente le long de la rivière et se perd dans la végétation luxuriante. De chaque côté, des falaises rocheuses et la rivière qui se jette dans l’océan après un dernier banc de sable. Superbe! C’est aussi un endroit très dépaysant. Une population essentiellement noire, des magasins qui sont plus des entrepots remplis jusqu’au toit de sacs de 10kg de farine, de sucre, de riz, de maïs, etc. Les femmes repartent avec ces énormes sacs en équilibre sur leur tête. A la messe, nous sommes la seule famille blanche et nous sommes accueillis par toute la paroisse: nous avons le droit à un petit discours de bienvenue et à un banc chanté. Les chants et certaines lectures sont en Xhosa, et les enfants apprécient beaucoup.

Dans la soirée, nous attendons à l’auberge Jungle Monkey de rencontrer Louis qui vit dans un village Xhosa (pour la prononciation du mot Xhosa, faire claquer sa langue sur le côté pour le X…), depuis près de 2 ans, et reçoit des volontaires pour aider. Il arrive à la tombée de la nuit et nous nous réunissons autour d’un feu de bois avec Lieka et Els, 2 étudiantes hollandaises qui vont aider aussi pendant cette semaine. Il nous dresse un peu le tableau de ce qui nous attend et nous allons tous nous coucher: rendez-vous au petit matin pour faire les dernières courses, car nous serons loin de tout. Lundi matin en allant faire les courses, nous découvrons Port St Johns sous un nouveau jour. La ville a un air de folie: les rues et magasins regorgent de personnes, les distributeurs d’argent sont pris d’assaut et de longues queues s’étalent à perte de vue, le tout sous une musique assourdissante… Mais que se passe-t-il dans cette toute petite ville? C’est “pension day”! C’est le jour où les aides, pensions et autres sont versées et tous les gens des alentours sont descendus à Port St Johns pour ce jour et font leurs provisions. Ce n’est donc pas le meilleur jour pour nous pour faire les courses et tirer de l’argent… Péniblement, nous faisons nos dernières courses avec nos derniers billets (nous renonçons à faire la queue aux distributeurs… et nos cartes de crédit ne sont pas acceptées dans les magasins). Nous passons aussi une heure dans le café Internet de la ville pour publier dans ce blog les textes et photos que vous avez pu lire la semaine dernière. Enfin prêts, nous partons à Lusikisiki et de là nous prenons une piste rocailleuse. Il nous faut prêt d’une heure pour parcourir les 12 km jusqu’au village de Gwexintaba (là-aussi, faire claquer sa langue sur le côté pour prononcer le x). Dépaysement garanti, nous sommes au milieu de nulle part, Gwexintaba étant un petit village perdu en pleine nature. Une école (un bâtiment en long) et un petit magasin (pain et bière) et des petites maisons en terre par-ci par-là. Tous les gens que nous croisons sont très souriants et nous saluent avec des signes de la main. Nous découvrons notre tente et nous installons. Ici, rien n’a changé depuis au moins 500 ans et nous avons l’impression de nous retrouver hors du temps… Louis nous accueille en nous expliquant un peu comment les xhosas vivent et quelles sont leurs traditions. Pour le dîner, nous nous retrouvons tous autour d’un grand feu de bois sous un ciel étoilé magnifique. Moments magiques! Nous sommes tous heureux d’être là et profitons de la paix et de la sérénité de ces lieux…

Lever de soleil sur un paysage magnifique… Les femmes sont déjà en train de ramener de l’eau de la rivière sur leur tête. Les enfants se rendent à l’école (certains viennent de très loin d’autres villages) avec leurs livres sur la tête. Une femme est en train de finir sa hutte en terre séchée. Tous nous saluent: Molo (Bonjour) ou Molweni (bonjour lorsqu’il y a plusieurs personnes). Unjani? (Comment allez-vous?) Pilile (très bien)…. Le rythme est tranquille.

Le premier jour, nous faisons du jardinage et préparons des plantations. Les habitants ici ne plantent que 5 légumes par an et c’est l’essentiel de leur régime alimentaire toute l’année. Certains ont quelques animaux et c’est seulement lors des grandes fêtes ou pour les mariages qu’ils mangent de la viande.

Les jours suivants, nous nous rendons à l’école que nous devons repeindre. Les quelques pinceaux que l’on nous présente sont vieux et trop larges pour repeindre l’encadrement des fenêtres correctement. La directrice de l’école les a empruntés pour nous. Nous nous appliquons et faisons de notre mieux pour ne pas en mettre plein les vitres. La directrice sort et regarde notre travail: -“More!” Elle nous montre ce qu’elle attend de nous: la peinture doit servir à protéger l’enduit des fenêtres et il ne doit pas rester d’enduit visible. Tant pis pour les vitres des fenêtres… Les enfants sont en train de peindre les murs de l’école en jaune. J’arrive trop tard pour improviser des tabliers et sauver certains pantalons (que nous devons porter pendant un an…). Espérons que cela parte… Amandine peint et a le droit à tout un attroupement autour d’elle pendant la récréation. Elle nous fait remarquer que l’école ici est comme l’école d’autrefois: les enfants reçoivent des coups de baguettes sur les doigts lorsqu’ils ne sont pas sages… En fin de matinée, fourbus et sales, nous partons nous laver dans la rivière au-dessus des chutes d’eau de Magwa. Ces “Magwa falls” sont impressionnantes: la rivière plonge par dessus la falaise dans une vallée 144m plus bas. Superbe et majestueux! Nous sommes tous contents de pouvoir nous laver même si l’eau est particulièrement froide. Il n’a pas plu depuis quelques temps et la rivière près de chez Louis est en partie à sec. C’est là qu’il prend l’eau pour boire et se laver et pendant cette semaine même se laver les mains est un défi… sans parler de la vaisselle… Nous avons apporté un peu d’eau avec nous, heureusement, et j’interdis aux enfants de boire l’eau de la rivière…

Peu à peu, nous découvrons un peu plus le village et ses habitants et nous adoptons ce rythme paisible. Nous sommes invités dans une hutte de terre séchée. C’est la fête lorsque nous sortons les quelques bouteilles de bière et de coca-cola que nous avions achetées. La discussion est laborieuse, peu parlant l’anglais suffisamment, mais joyeuse. Dans cette hutte, un lit et une étagère avec quelques denrées et un peu de vaisselle, c’est tout. La cuisine se fait dehors ou dedans sur un feu de bois. Dans ce village, les gens sont pauvres au sens classique du terme, ayant probablement moins de 1 dollar par jour pour vivre, mais ils ne sont pas dans la misère. En effet, ils possèdent un terrain (attribué par le chef du village) sur lequel ils bâtissent leur maison en terre séchée. Les femmes vont couper de l’herbe qu’elles ramènent sur leur tête et font sécher, pour faire le toit. Chacun possède un jardin potager. L’eau vient de la rivière et le bois pour la cuisine est ramassé dans la forêt un peu plus loin. Ils possèdent donc l’essentiel dont ils ont besoin. C’est surtout en regardant les habits des enfants que l’on se rend compte qu’ils ont très peu d’argent. Les enfants n’ont pas de jouets non plus, mais partout nous ne voyons que des sourires. Nous avons emmené un ballon de football et tous les jours après l’école, les enfants viennent jouer au ballon.

Les derniers soirs, des enfants du village viennent chanter. L’un des enfants a reçu une guitare et même s’il manque des cordes et si elle n’est pas accordée, il arrive à chanter et à en tirer des sons harmonieux. Des seaux renversés servent de tamtam. Tous serrés autour du feu de bois (il ne fait pas très chaud la nuit…), nous nous laissons porter par ces rythmes et ces sons différents et tapons qui sur un tamtam improvisé qui sur des bâtons de bois…

Ici, la vie est simple, sans être facile. Les femmes portent des seaux d’eau, des bassines pleines de linge, des grands tas de bois sur leur tête et ce sur plusieurs kilomètres, et souvent avec un bébé attaché dans leur dos… Les enfants marchent parfois des kilomètres pour se rendre à l’école… Mais toujours ce sourire et cette joie de vivre semblent omniprésents.

Nous sommes tous heureux d’être là et cette semaine restera sûrement gravée en nous. Quelle chance nous avons de pouvoir vivre cela, de pouvoir saisir les opportunités de rencontres lorsqu’elles se présentent et d’être accueillis ainsi… Merci à Louis qui nous a accueillis et introduits dans ce petit village et qui essaye d’aider et de préparer un peu les habitants à tous les changements qui arrivent et qui sont inévitables, même dans ce petit village..

Nous partons comme à regret. C’est sûr, nous ne serons plus tout à fait les mêmes après cette expérience…

3 Responses

  1. Quel formidable récit… Merci de nous faire partager ces moments décidément magiques et hors de notre réalité!

  2. Merci de nous faire parvenir ces impressions… Pour nous c’est la rentrée des plus jeunes demain… beaucoup plus matériel… Bonne continuation à tous.

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