Beaucoup de vert, un peu de noir… et un soupçon de blanc

Un enfant noir, d’environ 8 ans, marche le long d’un petit chemin de terre. Soudain, un sourire démesuré fend son visage et contraste ses dents d’une blancheur d’ivoire avec sa petite tête noire. Ce sont six étrangers tassés dans une belle voiture blanche. Ces étrangers, dont la moitié ont des lunettes, sautent et bougent à chaque irrégularité du terrain et, avec eux, c’est un nombre surprenant de sacs plastiques, remplis de bonnes choses de la ville, qui sautent. C’est tant, de la belle voiture et leurs provisions, ainsi que leurs chaussures et les montres qu’ils agitent avec leurs mains, de ce geste qui veut dire bonjour quelle que soit la langue, qui montre leur richesse. Mais tout ceci peut aisément s’oublier par un fait bien plus étrange: chacun de ces étrangers est blanc. Une famille blanche, venant d’un de ces pays lointains dont on ne connaît que le nom, a débarqué dans le beau village de Gwexintaba. Et tandis que l’enfant de 8 ans sourit et salue, c’est tout le monde, quelque soit son âge, qui arrête sa besogne, que ce soit de porter de l’eau sur la tête ou construire une maison en terre, pour sourire et saluer ces étrangers dont on ne connaît pas même le nom.

Cette famille va rester 6 jours, du lundi au samedi. C’est avec une surprise considérable que cette famille d’étrangers marche dans l’herbe brûlée pour arriver dans la maison de Louis. Cette maison est simplement constituée d’un mur fait de briques et de ciment. Il n’y a ni sol, si ce n’est la terre, ni toit. Cette maison n’est ni belle, ni encore pratique, mais elle représente déjà une technologie nouvelle. De plus, cet endroit représente une des grandes fiertés de Louis, qui s’est acharné pendant 18 mois à la construire. Ce Louis est une sorte de volontaire permanent. Jadis, il a été conquis par la beauté simple de ce village et a décidé d’y rester pour aider, pour être une sorte de lien entre 2 cultures. C’est ce Louis qui a invité cette famille, ainsi que 2 filles hollandaises de 20 ans, une blonde appelée Els et une brune appelée Lieka, pour passer une semaine dans ce lieu magique.

-Molo (Bonjour)

A perte de vue, des collines habillées d’une simple herbe, brûlée régulièrement pour plusieurs raisons, dont garder l’herbe courte. A ma gauche, des rochers qui descendent jusqu’à un gouffre. Ma mission: explorer cet endroit si étrange, où le mot technologie est si peu connu.

Les cendres de l’herbe brûlée craquent sous mes sandales, cela me parait excitant: des kilomètres et des kilomètres d’herbe contrôlée par le feu. Cela doit être la raison pour laquelle il y a si peu d’arbres. Devant moi, se dressent quelques bâtons, qui ont pour office de cacher des toilettes. C’est le premier vrai choc: les toilettes sont un grand seau qui ne cache rien des odeurs. Ajouté à ce défi d’odeurs est un défi de pudeur et de confiance: les bâtons cachent très peu l’action. Ironiquement, on est sensé profiter de la vue!

Notre tente, elle, est belle et grande: mes parents sont malheureusement destinés à souffrir un peu chaque nuit, en dormant sous l’auvent, mais nous, les enfants, sommes tassés derrière à l’abri du froid et du vent. La maison, elle, sert comme cuisine, salon et dortoir pour Louis et les 2 filles. Louis nous montre un grand conteneur d’eau: avec une eau naturelle, dit-il. En effet, cette eau provient d’un trou d’eau, qui devient une rivière en été, et qui en attendant est mêlée aux bouses de vaches. Le premier ordre d’hygiène est dicté par ma mère: défendu d’y boire… heureusement!

Après une journée à chauffer dans la voiture, on décide d’aller jouer au foot avec les enfants de ce village. Toute notre troupe, sauf Louis, marche un peu nerveusement peut-être jusqu’à un groupe d’enfants noirs. On leur lance notre ballon, ils nous le relancent et notre partie de foot se transforme en des passes de ballon. Tous les enfants sourient et rient. Quand l’un d’eux reçoit une balle dans la tête, ou tombe, c’est un tonnerre de rires. Fait très surprenant: je n’ai pas encore vu une personne vexée! Imaginez en France…

Décidant de changer cette partie en une partie de foot, je prends la parole et leur propose de jouer au “soccer”. Horreur… leur anglais est aussi bon qu’un français à l’Ermitage! (:D) En fin de compte, je parviens quand même à me faire comprendre, avec l’aide du langage des signes. Ici, quand quelqu’un ne comprend pas quelqu’un d’autre, il sourit gentiment: vous imaginez le nombre de sourires que j’ai vu et fait.

Tous les 9, nous nous retrouvons le soir autour d’un bon feu. Notre ballon est encore aux mains des enfants, mais dans ce village, la confiance est telle que les portes, quand il y en a, ne servent que contre les bêtes. Comme je disais, nous étions autour d’un feu, et dans la longue cuisson qui suivit, jusqu’à ce que mes yeux pleurent de fumée, j’appris à mieux connaître les filles hollandaises tandis que je les nourissais de détails sur l’éducation française. Autour de ce feu, la nuit est d’un noir d’encre, d’un vrai noir que l’on ne trouve que dans la campagne. Bien qu’on soit en hiver, les journées sont égales à nos étés tandis que les nuits sont froides. La faim se mélangeant au froid et à la fatigue, personnellement, je trouvais cela dur. Enfin, la nouriture fut cuite, elle consistait en un légume appelé “butternut”, qui a l’air d’un gros concombre terminé par une pomme de terre au bout, le tout peint en orange. Il y avait aussi des pommes de terre et une saucisse extrêmement juteuse. Malheureusement, les conditions dans lesquelles nous mangions, ma fatigue et mes yeux emplis de fumée ne me permirent plus de profiter de ce moment. Quand enfin le dîner fut fini, il fallait encore me tremper les pieds et les mains dans un trou d’eau froide et, après, se brosser les dents avec un peu d’eau, en prenant soin de cracher loin, et de … Bref, tout ici, même les choses les plus simples, se compliquent démesurément pour un habitué du confort. Même si cette première moitié de journée fut la plus dure pour moi, ce fut avec une joie immense que je m’endormis dans mon sac de couchage, dans ma tente, un petit point à peine visible dans la massive étendue de nature à l’état brut.

2 Responses

  1. Wow Xavier, it was really fun reading! Thanks!!

  2. Bravo pour les talents de narrateur. C’est un vrai bonheur de te lire (ce qui ne veut pas dire que l’on apprécie moins les autres – tu leur transmettras !!!);
    Bonne arrivée en Chine.

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